Le Petit Bazar de Betsileo

vrac de jolis plaisirs et petits bonheurs de l'enfance à partager..................

28 septembre 2008

LANDLORD # 43

LORDLAND_INTRO
43. Le Poochy IV, ou V.

Au Bout du monde, l’air parut soudain plus respirable après le départ du
Major Briggs. Thomas se sentait très performatif. Plus qu’il ne l’avait jamais été.

En linguistique, est performatif un énoncé qui agit, qui modifie le monde. Tous
les gens mariés savent à quel point la phrase “ Je vous déclare unis par les liens
du mariage” a transformé leur monde, même s’ils le mesurent en général trop
tard. Thomas avec son : “vous êtes viré” avait rendu sinon le monde, du moins
le bout, un peu meilleur. Il avait hâte d’être encore performatif et il chercha ce
qu’il pouvait encore changer à l’aide d’une simple phrase.

Une sonnerie ridicule de téléphone portable, un roucoulement, retentit.
Le barman disparut dans un recoin alors qu’il venait de poser trois verres
devant Scott qui les avait saisis et se dirigeait vers eux avec la tête universelle de
celui qui paye sa tournée.

— Le Landlord, je présume ? Dit-il.

— A message for the Landlord ! Clama le barman

— Ca c’est un boulot de secrétaire, non ? J’y vais ! Dit Baldred avec une tête de
jeune labrador sur un coup.

— Enchahbon ! Tenta de répondre en une seule fois Thomas, ce qui n’était plus
du tout performatif, ni même performant.

Le temps se figea vaguement autour de la table, puis reprit son cours.
Scott posa les verres et s’assit pendant que Baldred revenait avec un petit papier
qu’il tendit à Thomas.

— Merci. Vous avez un portable ? J’ai quelques coups de sans fil à donner et le
mien ne trouve pas de réseau.

— Il n’y en a pas dit Scott, pas de réseau, ni même de téléphone sur l’île.

— Pourtant j’ai bien entendu celui du barman sonner.

— Sonner ? Quelle genre de sonnerie Thomas ?

— Le genre de sonnerie à la con : rrrrouuuu rrrrouuuu...

— Une sonnerie de pigeon en somme. Dit Scott.

— Voilà, vous n’avez pas entendu roucouler un téléphone ? Le barman
répondu et il y avait ce message pour moi.

—Pigeon voyageur, c’est ce qu’ils ont ici, c’est ridicule non ? Mais ça marche.
Thomas regarda ses deux interlocuteurs. Des pigeons.

— Vous en avez au château, dans le colombier, ils sont élevés par le vieux
MacMillan. Et un pigeon MacMillan ne tombe jamais en panne, dit Scott
éclatant d’un étrange rire nasal qui semblait mobiliser tous les muscles de son
visage.

— Je l’ignorais, mais j’ignore encore beaucoup de choses.

— C’est une bonne manière de commencer. En ce qui me concerne je suis votre
homme. Je n’avais pas a priori beaucoup de considération pour un nouveau
Landlord, mais en deux jours, vous avez fait très fort : abandonner ce stupide
rituel de bienvenue, et virer ce porc de Briggs, à votre santé !!

Ils trinquèrent. Thomas avait la science des visages, et celui de Scott était
celui de la confiance, de la franchise, de l’humour, de l’énergie à entreprendre.
reconnut les affinités cachées. Il avait le visage les huit signes auspicieux
l’amitié que seuls savent reconnaître les initiés. Il fallait sceller cette nouvelle
alliance.

— Merci, alors vous êtes le capitaine du Poochy IV ?

— Ou V.

— Ah c’est le Poochy V ?

— Non, le Poochy IV, ou V. c’est son nom.

Thomas avait la science des visages, et celui de Scott venait
s’assombrir sans qu’il puisse comprendre pourquoi. Il fallait chasser ce léger
nuage.

— C’est original, IV ou V, n’importe c’est drôle de donner à un bateau un nom
de chien...

Thomas avait la science des visages, et ça allait chier.
Scott avait abattu son verre sur la table, son regard se voila. Il se leva,
voulut dire quelque chose mais préféra sortir à grandes enjambées, en copie
inversée de Briggs quelques instants plus tôt. Le silence qui suivit ne fut troublé
que par la sonnerie du pigeon, dans son recoin.

— Baldred, j’ai dit quelque chose ?

— Toute cette sensiblerie, c’est stupide, non ? Ces marins sont plus supersti-
cieux que des vieilles filles. Ce gars-là traverserait un ouragan en riant, mais si
vous prononcez le mauvais mot à bord, et même à terre, il vous en chie une
horloge comtoise avec les aiguilles, le carillon et le contrepoids. Apparemment il
y a un problème avec le nom du rafiot. Poochy. Je chercherai. On s’excusera,
non ? Il y a toujours un rituel de ravaudage. Que disait le pigeon ?

Thomas tenait encore le tube de papier entre ses doigts, il le déroula et
lut : “ Je suis au regret de ne pouvoir vous rencontrer aujourd’hui, comme
convenu, j’espère que vous me pardonnerez. Si au pub vous rencontrez Scott,
ne parlez pas de chien, je vous expliquerai. A très bientôt, Votre Betty Burke.”

— Votre Betty... releva Baldred.

— Ce n’est qu’une formule de politesse. Je vous jure que...

— Ne jurez pas ! Après ce que j’ai vu, je ne vous donnerais pas à garder le cul
d’un santon. Des politesses ! Je suis sensé réconforter une loque épuisée par son
combat avec les forces de la nuit et je vous trouve à moitié nu en train de faire le
diguini avec le petit personnel.

— Baldred, Comment on répond à un pigeon ?

— Avec un contre pigeon ? Au château, je suppose. Nous pouvons être à l’heure
pour le déjeuner.

— Alors on rentre, allons chercher l’Aston Monique, j’ai un coup de pigeon à
passer.

CHATEAU

ET LA SUITE AU PROCHAIN COUP DE PIGEON euh ! ÉPISODE ................

ET BON ANNIVERSAIRE !!!!
lordland_fin

Posté par zoechiffon à 00:01 - LES ÉDITIONS DU BAZAR DE BETSILEO PRÉSENTE : - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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