Le Petit Bazar de Betsileo

vrac de jolis plaisirs et petits bonheurs de l'enfance à partager..................

17 janvier 2009

LANDLORD # 58

horloge_Hanning

VITE C'EST L'HEURE DE MON FEUILLETON !!!!

LORDLAND_INTRO

58. Mardi, c’est Betty.

La sortie de Ri**tril ressemble à une remontée de plongée en apnée, sans
paliers, des bulles de conscience émergeant du néant calme vers une surface plus
claire, mais aussi plus agitée ; sans souvenirs, mais avec l’intuition que la suite ne serait
pas de la tarte. Une renaissance dans l’oubli bienheureux des vies antérieures, avec
juste ce qu’il faut de lucidité pour anticiper le tumulte à venir. Des bulles encore sans
nom mais qui savent devoir crever bientôt et qui profitent des derniers instants de
flottement, le temps de se rassembler et tout commencerait par une grande
inspiration, suivie sans doute d’un grand cri.

Une douce odeur de tilleul et de sommeil lui emplit les poumons, sa joue glissa
sur une zone plus fraîche d’un oreiller. Tout son corps lui envoyait le même
confortable message, il était étendu sur un lit moelleux. Il se détendit, pour une fois la
vague du Ri**tril l’avait déposé sur un rivage ami. Il avait oublié le plaisir d’être
allongé sur un lit, même tout habillé. Il ouvrit les yeux, tout était calme dans la
pénombre. Il s’étira doucement, frissonna pour se fouiner davantage dans le couvre-lit
de cashmere et soupira de contentement. Seul son soutien-gorge le gênait un peu...
Laissant échapper un cri d’horreur, il se redressa et découvrit à ses côtés deux
corps étendus dont l’un était le sien ! Le petit jour filtrait suffisamment à travers les
rideaux pour qu’il reconnaisse les habits qu’il portait. Il était devenu Bridget ! Une
vérification rapide le rassura néanmoins, le changement se limitait aux vêtements. Le
taquin Trevor avait encore frappé, il blêmit en imaginant le fantôme déshabillant
comme des poupées leurs corps inconscients. C’était Billie qui portait ses vêtements et
Bridget le déguisement d'homme-grenouille.

Il revit la goutte de Ri**tril, le verre partagé... Si les deux filles étaient encore
sous l’emprise du somnifère, il avait peut-être le temps de remettre les choses dans
l’ordre
— où Bridget pouvait-elle cacher son grain de beauté en forme de coeur ? —

avant l’arrivée de sa brigade du réveil et des sarcasmes de Baldred. Il n’eut pas le
temps de rêver longtemps, la porte s’ouvrit sur des silhouettes chuchotantes, les
rideaux furent tirés et la voix de Baldred s’éleva au pied du lit :

— Bridget, mon enfant, vous avez une tête épouvantable ce matin ! Quelle nuit vous
avez dû passer ! Ne me dites rien, j’ai vu l’état de la salle de bain... Ce sang, qui est
blessé ? Et celle malheureuse Billie, en quoi est-elle déguisée, en commandant
Cousteau ? Ce garçon me scie à l’égoïne. Thomas, dit-il en secouant Billie, relâchez
ces malheureuses.

— Baldred, ce n’est pas ce que vous croyez, je peux tout expliquer.

Le secrétaire sursauta et poussa en long juron grec en se penchant pour mieux
voir les traits de la chambrière qui venait de lui parler avec la voix du Landlord. Billie
et Bridget émergeaient à leur tour avec des airs de princesses demeurées. Les
exclamations fusaient autour du lit. Enfin, un cri plus aigu rétablit le silence. Ada
montrait du doigt quelque chose sur le sol. Thomas reconnut le long manche de la
hache de Lochaber qui devait être fichée dans quelque chose... ou quelqu’un...
Baldred considéra la chose avec attention puis revint à Thomas.

— Vous m’expliquerez plus tard, n’est-ce pas ? Venez avec moi, nous allons vous...
habiller.
Il l’aida à sortir du lit et dit quelques mots aux chambrières qui prirent en
charge en riant leurs consoeurs titubantes. Thomas découvrit que la nuit avait bien
fait une victime. N’écoutant que son courage et son sens du devoir, la chambrière
stagiaire Bridget avait proprement coupé en deux un rat de belle taille. Baldred
conduisit Thomas derrière une tenture qui dissimulait une porte. Ils entrèrent dans ce
qui semblait être une vaste boutique de vêtements. De nombreux miroirs lui
renvoyaient son image. Où donc Trevor avait-il trouvé cette perruque blonde ?

— Où sommes-nous ?

— Dans votre dressing, non ? Il semble que vous soyez au bout de ce que vous aviez
apporté. Alors, strip poker ?

— Quoi ?

— Votre jeu, pour changer les vêtements, avec les filles, c’est quoi la règle, ça se joue à
quatre ?

— Je vous assure qu’il ne s’est rien passé, elles sont arrivées l’une après l’autre, on a vu
des MEPP tout rouges et on s’est endormi à cause du verre à dent, c’est tout ! Dit
Thomas en se retournant par pudeur pour ôter sa jupe.

— Tiens, dit Baldred, vous saviez que Bridget portait des strings ?

A la table du petit déjeuner, Thomas reprit plus en détail les événements de la
nuit.

— Merci Aepiornyx, ce porridge au chocolat était un délice... et puis plus rien jusqu’à
ce matin. Ne me regardez pas comme ça Baldred. Il va falloir m’aider, ce n’est que la
troisième nuit, je ne tiendrai jamais un mois entier, surtout sans Ri**tril. Et ne me
demandez pas si vous devez faire les valises, cette fois-ci je pourrais bien accepter.

— Vous êtes pourtant le meilleur, vous vous débrouillez très bien. Ne soyez pas trop
gourmand, commencez par une chambrière

— Ne...

— Je plaisante. Il existe un problème Trevor, ne le nions pas. Et vous vous en sortez
remarquablement. Chaque nuit est une victoire.

— Tu parles d’une victoire, chaque matin me trouve un peu plus ridicule...

— Mais aussi un peu plus fort : Il n'y a pas de routes droites dans le monde,
acceptez ce que l’expérience vous offre. Et puis Billie est une spécialiste, vous n’êtes
plus seul. Enfin, aujourd’hui c’est...

— Euh, mardi ?

— Perdu. Aujourd’hui c’est Betty.

— Oh, putain, vous avez raison.

— Nous pouvons aussi occuper notre esprit pour prendre quelques dispositions
concernant Glaymore, ces gens ont besoin de vous.

— Ne me mettez pas de responsabilités sur le dos ou bien je fuis avant la fin du
breakfast. Restons concentré sur Burke. Ah, j’ai confirmé Bridget pour les chevaux,
c’est une cavalière remarquable. Je suppose, ne me regardez pas comme ça. Donc Betty
Burke. vous avez un plan ? Et puis Billie, dites aussi à MacBeal qu’elle n’est plus
chambrière, je la veux à fond sur la chasse aux MEPP.

— C’est quoi ? Des fantômes ?

— Pour simplifier, Baldred, pour simplifier. Il faudrait aussi demander à Scott
MacLeod, mon capitaine, de tenir le bateau prêt. Je crois pouvoir supporter cette
journée si je sais pouvoir m’enfuir dès que j’en éprouve le besoin. Assturluth, je
reprendrai volontiers de ces scrambled eggs, mais sans truffes, merci. Baldred, il me faut
des fleurs. Je vais aller voir le jardinier. Vous êtes sûr que je dois m’habiller comme
ça ? J’ai l’impression que même le slip est en tweed.

— Quand on a goûté à la lingerie fine, on ne peut plus s’en passer, n’est-ce pas ?
LA SUITE AU PROCHAIN ÉPISODE ................
.
STRING

lordland_fin

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11 janvier 2009

LANDLORD # 57

horloge
VITE , VITE , C'EST L'HEURE DE MON FEUILLETON !!
LORDLAND_INTRO
56. Davy Crockett, l’homme qui n’a jamais...

Il ouvrit la porte, ce qu’il vit dans sa chambre ne l’incita pas à s’attarder, c’était
rougeâtre et palpitant avec des choses très laides. MacForthy avait visiblement convié
quelques spectres encore plus morcelés que lui à une cérémonie dont il préférait
ignorer les détails. Il prit le corps inerte sous les aisselles, le tira dans la salle de bain et
referma la porte. Haletant, il étendit la jeune femme sur le dos et osa enfin la regarder
pour voir où elle avait été atteinte par son tir prématuré. Son seul espoir était que,
ayant tiré sans vraiment viser, il n’avait touché aucun endroit vital. Le destin ne
pouvait pas lui avoir fait tuer sa seule alliée.

Le corps portait pantalons et bottes de cheval, ainsi qu’un T-shirt marqué
wild wild horses, des cheveux auburn et du 85b, mais aucune trace de sang. En
frissonnant, il écarta les mèches pour découvrir le visage d’Annie Beaudit, il lui
sembla reconnaître une des chambrières. Avec fièvre, il la retourna en tout sens à la
recherche d’un trou de balle qu’il ne devait heureusement jamais trouver.
L’odeur du crottin raviva ses souvenirs. C’était B... Ba... Be...Bi...
Bridge...Bridget, celle qui s’occupait des chevaux et qui devait passer le voir, ou bien
était-ce Billie ?! Elle paraissait intacte. L’espoir lui redonna quelques forces, il souleva
délicatement la tête de sa victime et prit dans le panier une bouteille du whisky du
révérend. Il fit couler quelques gouttes sur les lèvres framboises. Le cordial fit
immédiatement effet et Bridget hoqueta, puis toussa. Il lui tapota les joues qui
reprirent quelques couleurs. Le fait que ce soit Bridget n’impliquait pas
obligatoirement que ce ne soit pas aussi Annie Beaudit. Il fallait voir, ou plutôt
entendre. Elle ouvrit enfin les yeux, ils étaient gris-bleu, avec une petite auréole dorée
autour des pupilles. Elle le regarda et murmura d’une voix écorchée :
“ Davy...”.
Elle délirait. Il lui plaça un oreiller sous la tête et l’enveloppa d’un plaid. Il prit
une rasade de whisky pour se donner du courage. Bridget lui fit signe qu’elle en
voulait encore, elle saisit la bouteille et prit trois gorgées. L’effet ne se fit pas attendre,
elle s’assit pour reprendre son souffle, Thomas lui tapota gentiment le dos et elle se
calma. Puis elle le regarda. Elle s’écria :

“ Remember the Alamo !” en éclatant de rire. Il ne put lui
reprendre la bouteille, c’est en se redressant pour atteindre le panier qu’il vit dans la
glace la cause de l’hilarité de Bridget. Il ôta son bonnet de raton laveur, soulagé que le
corps l’instant d’avant sans vie puisse rire à présent.

— Vous m’avez tiré dessus, j’ai eu si peur !

— J’aurais pu vous tuer ! J’avais pourtant donné l’ordre à Astrapi de prévenir tout le
monde que ma chambre était interdite, sous peine de mort !

— Aetherlith ? Mais je ne l’ai pas vu ! J’ai juste reçu un pigeon m’informant que vous
vouliez me voir. Nous étions en opération à l’autre bout du château avec Miss
MacBeal, secteur 3.22BZ68, ou 69. Je suis arrivée trop tard à la piscine, puis je vous
ai manqué dans le grand salon, et dans le bureau, vous tournez un western ?

— Vous parlez le français avec un petit accent... québécois ?

— Eh bien ! Merci ! Quand même pas ! Je fais mes études en Suisse, dans la meilleure
école hôtelière de Genève, Ca s’entend tant que ça ?

— Non, non, c’est juste que je suis très sensible aux accents. Vous n’avez rien
remarqué de particulier en traversant ma chambre ?

—Oh, vous savez j’ai frappé ! Fort ! A me meurtrir les poings ! La porte s’est ouverte
toute seule, alors comme j’ai vu la lumière à la porte de la salle de bain, je me suis
permis d’entrer. J’ai mal fait ? Il est fort ce whisky, mais il est bon.

— Et dans ma chambre vous n’avez rien vu d’étrange ?

— Ben non, j’aurais dû ?

La rousse jeune fille regarda autour d’elle. Ce n’était pas du tout la voix
d’Annie Beaudit. Son regard s’attarda sur la panoplie de Thomas, et ses bouteilles.
Devait-il s’expliquer ? Il décida que non, il était le Landlord et avait d’autres chevaux
à fouetter.

— Merci de vous être occupée de mes écuries. Pensez-vous pouvoir continuer ? Vous
seriez bien entendu déchargée du temps nécessaire, combien y en a-t-il ?

— De chevaux ? Cinquante-huit.

Un violent coup de hache ébranla la porte. Thomas tressaillit, mais Bridget
semblait n’avoir rien entendu.

— Vous avez l’air surpris ?

— Un peu, vous n’avez pas entendu du bruit à la porte ?

— Non, je croyais que personne ne devait venir ?

— Cinquante-huit ? C’est beaucoup, non ? Et vous vous en sortez seule ?

— Ben non, Il faudrait être plusieurs, au moins 6, peut-être 10. Vous savez Glaymore
est un hara réputé, avec des chevaux, waouahhh !! Sir Lawrence avait renvoyé tout le
monde. Depuis, avec quelques gars on se débrouille.

— Des gars.

— Ben oui des gars de l’île.

La porte était à présent secouée comme si un gorille voulait éprouver la solidité
des gonds.

—De l’île...

— Je sais, Sir Lawrence était contre, mais après sa... disparition, l’avocat a dit de se
débrouiller avec les moyens du bord. Vous faites quoi ?

— Je réarme cette mitrailleuse, et ils sont bons en bourrins les gars de l’île?

— Super. Il faudrait juste quelqu’un pour gérer tout.

— Ce n’est pas ce que vous faites ?

— Ben si, mais... je fais juste ça parce que j’aime les chevaux et que j’ai grandi avec
eux.

Une voix se mit à suinter des murs avec les intonations rauques et métalliques
d’un crochet de fer éraflant une muraille suintante. Les clous de la porte vibraient
doucement. Thomas dégoupilla une bouteille d’eau de Lourdes en forme de vierge
Marie et l’envoya exploser contre la porte qui se mit à fumer.

— Cela me paraît la meilleure des recommandations. Vous avez le job. Nous verrons
avec Baldred pour les questions financières, mais nous veillerons à ce que votre salaire
soit à la hauteur du Haras de Glaymore. maintenant vous feriez mieux de partir.
Bridget regardait l’eau dégouliner sur la porte.

— Si la Mère MacBeal voyait ça vous auriez droit à un sacré savon, tout landlord que
vous êtes. Vous savez vous êtes très courageux de dormir ici, seul, avec tout ce qu’on
raconte. Je vous remercie, pour le hara, je ferai de mon mieux, mon père était lad
chez le Baron Elphinstone, il serait fou de joie, et si fier de moi s’il n’était pas mort cet
hiver. Elle but une rasade de whisky et se mit à pleurer.

Le lustre au-dessus d’eux se mit à grésiller tandis que leur haleine se
transformait en vapeur. La température chutait. Adossés à la baignoire, face à la
porte, ils se pelotonnèrent sous le plaid. La mitrailleuse entre eux.

— Vous êtes un drôle de type, on est bien ici. Je peux jouer avec vous ? Vous avez un
déguisement de femme de l’Ouest pour moi ? On attend quelque chose ?

— Il y a des fantômes dans la chambre...

— Woouaaahh, génial. Pourquoi je ne les entends pas ?

—Peut-être parce qu’ils sont ma malédiction particulière.

— Moi ma malédiction c’est de tomber sur des pénibles. Dès qu’il y en a en a un, il
est pour moi. Là, il font quelque chose ?

— Oui, ils hurlent. Et ils traînent des choses lourdes dans ma chambre

— Génial. Je n’entends rien du tout, je vais voir non ?

— Vous savez dans les films d’horreurs, ils se séparent toujours, je m’étais juré que
dans la même circonstance je ne serai pas aussi con, vous restez là.

— OK, OK. N’empêche que ça caille, vous me prêter votre bonnet de laton raveur ?
Oooooh, c’est trop scrounch ! Je vais juste allumer le radiateur juste à droite de la
porte, d’accord ?

— Bon mais si je vous dis de revenir vous revenez tout de suite, parce que la
mitrailleuse quand je tire, ça arrose.

— OK, je me lève. Il est fort ce whisky. On s’éclate vraiment avec vous : l’armure, le
lustre, maintenant les fantômes...
Elle arriva devant la porte, son regard brilla.

—Allez je regarde, juste un coup d’oeil.
Comme elle posait sa main sur la poignée et que Thomas ouvrait la bouche
pour hurler : “Noooon !” Trois coups furent frappés à la porte.
La fille sursauta en hurlant, recula en désordre et sauta dans la baignoire en
criant :

— J’ai entendu, c’est les fantômes, tirez dans le tas ! Feu, bordel de merde ! Feu !
Feu !!


AH ! INSTANT CRUEL ......
SUITE AU PROCHAIN ÉPISODE ........
DAVY

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10 janvier 2009

LANDLORD ADDICT

Vous aimez Landlord ? Parlez en à vos amis.
Vous n’aimez pas Landlord ? Parlez en à vos ennemis.
La méthode pour faire d’autres victimes de Landlord est simple :
si vous avez dans vos connaissances un lecteur ou une lectrice
potentielle, vous pouvez lui faire parvenir les trois premiers épisodes,
et grâce au virus hypnotique habilement dissimulé dans l’horloge,
l’état de dépendance est instantané. Elle peut alors me donner
son adresse email.
Je vous souhaite le meilleur pour cette nouvelle année,
et une bonne lecture.

Posté par zoechiffon à 19:07 - LES ÉDITIONS DU BAZAR DE BETSILEO PRÉSENTE : - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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26 octobre 2008

LANDLORD # 47

LORDLAND_INTRO
47. La chambre des secrets.


Thomas sortit de son bureau en chantonnant ses vieux chants scouts. Il se
trouva face à l’escalier monumental. A droite et à gauche, le couloir lambrissé
semblait s’enfoncer dans les profondeurs du château, éclairé de loin en loin par
des globes soutenus par des mains en marbre sorties des murs, décoré de
tableaux, de tapisseries, de guéridons ornés de bronzes, le plus souvent
animaliers, parfois mythologiques, et de céramiques orientales.

Il prit le couloir de gauche et ouvrit la première porte sur la gauche pour
découvrir la pièce voisine de son bureau.
C’était un vaste cabinet assez étrange, meublé uniquement de deux
fauteuils qui tournaient le dossier à un mur composé de centaines de coupelles
argentées lacées en pyramide. Il s’avança, impuissant à deviner l’usage de cet
extravagant agencement. Le premier fauteuil, le plus riche, vraisemblablement
celui du landlord attira son attention. Un tuyau doré sortait du sol à côté de l’un
des pieds à tête de griffon et montait en s’entortillant comme un serpent jusqu’à
l’accoudoir droit qui se terminait par un petit robinet. Il s’assit. De cette place, il
pouvait voir la porte par laquelle il venait d’entrer, la fenêtre, et le deuxième
fauteuil. Persuadé de faire une bêtise, Thomas commença lentement à tourner
la petite roue. Il ne se passa d’abord rien, puis un bruit frêle et délicieux
s’amplifia derrière lui. Il se retourna et vit que la coupelle du haut de la
pyramide débordait et remplissait les autres qui débordaient à leur tour. Le bruit
argentin prenait plus d’ampleur à chaque rangée, mais sans devenir
assourdissant. Le spectacle était fascinant et pourtant le fauteuil était placé de
manière à ne pas voir cette surprenante machinerie. Le frais bruit de cascade
devint la rumeur profonde de la vague fendue de risées puis reflua lorsqu’il
referma le robinet. Il la rouvrit et le chant cristallin circula à nouveau, son
liquide, clair et bienfaisant entre ses oreilles, qu’il pouvait moduler du bout des
doigts.

— Thomas ?

Il sursauta,et, rouvrant les yeux, découvrit Baldred assis sur l’autre
fauteuil. Le bruit de l’eau avait couvert son entrée.

— Avez-vous la moindre idée de ce que cela peut-être ? Une sorte d’instrument
de musique ?

— Je pense qu’il s’agit plutôt d’un exemplaire unique de douche écossaise...

— Vraiment ? Je... Baldred ! Sérieusement, qu’est-ce que c’est ?

— Je ne sais pas. Je déduis. Par analogie. Il y a dans la ville que nous autres
grecs nommerons toujours Constantinople, un palais merveilleux construit pour
les plus grands des sultans...

— Topkapi ! A Istambul !

— Oui. C’est un palais presque aussi compliqué que Glaymore hall, avec une
nuance orientale : un harem, où chaque pièce comporte des ouvertures d’où
l’on peut espionner, écouter les milles intrigues en cours : soupirail, portes,
fenêtres intérieures, galeries suspendues afin que tout le monde puisse surveiller
tout le monde. Seul le Sultan avait droit au secret, n’est-ce pas ? Il y a donc à
Topkapi une pièce où l’eau ruisselle, et dont le bruit couvre les paroles sans les
déformer. Votre Marie-Antoinette ne fera pas autre chose dans sa grotte du
Trianon : un lieu pour échanger des secrets. Cette pièce où nous nous trouvons
devait jouer le même rôle. Brodie sait peut-être quelque chose. Le son est
ravissant, d’une source de printemps à la puissance de l’océan. Avez vous
remarqué que le mur est incurvé, je suis certain que l’acoustique est réglée pour
que seules les personnes assises sur ces deux fauteuils puissent s’entendre. Faites
couler l’eau... Voyez je m’éloigne de deux...a...en...t...ou...

— Revenez, vous avez raison, ça marche très bien. Asseyez-vous. Le lieu est
idéal pour que je vous fasse part en tête à tête de mes projets.

— Parfait. Ou bien dans la Jaguar ? Le moteur joue le même rôle.

— Non, j’aime bien cet endroit. Ecoutez, ne me demandez pas quand parce
que je n’en ai aucune idée, mais j’ai beaucoup réfléchi.

— Je fais les bagages ?

— Euh non, j’ai décidé de rester. Bon Dieu ! Je crève de trouille, je ne
comprends pas un quart de ce qui m’arrive, tout le monde sait plein de choses
sur tout et moi je ne sais rien de rien, vous êtes tous beaux, mais putain,
Glaymore est à moi, et je vais y rester. On va faire passer cette putain d’île dans
le XXIe siècle, et je vous prie de croire que ça va laisser des traces de gomme
sur les poulets ! Vous êtes avec moi Baldred ?

— Allez-y Thomas, je ne comprends rien à ce que vous dîtes, c’est très bon
signe. Je suis avec vous ! Vous ne voulez pas qu’on retourne au bureau pour que
je prenne des notes comme un vrai secrétaire ?

— Non, l’important c’est, le principe, l’idée, le dessein. Monsieur Ba, le
Jardinier, Assleflip, Mac Beal : ils ont tous un plan, un système, une méthode.
Vous aussi Baldred avec vos faux airs de Zorba le Scot, vous avez un système
n’est ce pas ?

—Sans destruction pas de construction ; sans barrière pas de courant ; sans arrêt pas d'avance. »

— Mao aussi il avait un plan, mais moi, jusqu’à aujourd’hui, je n’en avais pas.
Ou celui de tout le monde : arriver à faire plus envie que pitié, me faire aimer,
rêver d’un destin plus grand et avoir les bons numéros au loto sans avoir à jouer.
Ce n’était pas vraiment un système, à peine une thérapie, plutôt un mimétisme.

Aujourd’hui, c’est différent, ce qu’il faut faire s’ouvre devant moi comme un
escalier de lumière. Ne croyez pas que. Je sais que je ne suis pas le messie, ni le
fils ignoré d’un roi retrouvant enfin sa place. Le hasard le plus absurde m’a
conduit à cette place et je dois vous avouer que malgré tout, j’adore ça !! Donc
je vais vous livrer tout cela comme ça vient, vous me direz à la fin à quoi ça
ressemble :

landlord

LA SUITE AU PROCHAIN ÉPISODE ............

lordland_fin

Posté par zoechiffon à 00:02 - LES ÉDITIONS DU BAZAR DE BETSILEO PRÉSENTE : - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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