21 décembre 2008
LANDLORD # 55

JE SUIS EN RETARD , EN RETARD ..........
VITE C'EST L'HEURE DE MON FEUILLETON
ET BON APPÉTIT ...........
55. Yquem et Petrus
La porte de la salle de bain, en chêne centenaire et cloutée de fer, resta
immobile. La perte du Ri**tril laissa Thomas face à son destin, il glissa sa main dans
un des paniers confectionné par Aethelfrith et sentit sous ses doigts le contact
rassurant d’autres bouteilles. Il ôta le bouchon et porta le goulot à ses lèvres : un
bourgogne blanc pouvait faire des miracles. Le dîner qui leur avait été servi avait été
un miracle.
Tandis qu’il discutait avec Baldred, le butler avait placé devant eux avec célérité
et précision une multitude de petits récipients de formes variées. Il servit de sa main
gantée de rouge des blinis odorants, puis disposa les coupelles, souleva les couvercles
et débita sur un rythme de gardien de musée arrivant dans la salle de la Joconde :
Farandole d’oeufs de poisson : dans l’ordre des couleurs du blanc au noir en passant
par le jaune et l’orange : oeufs de corégone blanchâtre, de lotte de lac, de lavaret, de
marène, de poisson volant : tobiko parfumé au wasabi, au gingembre ou au noir de
calamar, oeufs de truite arc-en-ciel, de saumon, d’esturgeon sevruga, oceistre et
béluga. Il y avait également des oignons hachés, de la crème fraîche, de la crème sûre,
du beurre fondu, de la purée de jaune d’oeuf, des cornichons géants, de citrons verts
et jaunes en rondelles et de cédrats en zestes, du raifort, du wasabi, du persil arabe ou
chinois, des baies rouges et noires et encore une multitude de petits pots qui
permettaient de composer sur son blini une oeuvre unique et inoubliable. Baldred
explorait avec enthousiasme, Thomas l’imita, mais son plaisir était terni par les trop
nombreuses questions qui l’assaillaient.
— Selon vous, quel est votre rôle auprès de moi ?
Baldred termina la disposition de son blini, généreusement tartiné de caviar
mordit avec délectation et soupira.
— Que serait le caviar sans blinis ?
— Dois-je considérer que c’est une réponse à ma question ?
— Faire-valoir, Laurell et Hardy, yin et yang, le concentrique et l’excentrique,
signifiant et signifié, avers et revers, Arnold et Willy, caviar et vod... Aethelfrith ! Il n’y
a pas de vodka ?
— Il est sorti, sans doute chercher la suite, je me demande d’ailleurs où peut bien se
situer la cuisine... Soumiani n’existe pas.
— Vous en êtes sûr ? Pauvre garçon.
— Que savez-vous de Bibi ?
— Bibi existe, c’est un vrai avocat, qui travaille en général pour de vraies ordures :
mafia écossaise, producteurs richissimes, jet-set et autres beautiful people en exposition
ou en perdition, magnats indélicats, hommes politiques vendus, fausses princesses
mais vraies duchesses. Une sorte de Verges du grand capital.Thomas, il faut goûter ce
tobiko. Aethelfrith mon garçon, vous nous avez manqué. Il n’y a pas de vodka ?
— Ici Monsieur, dit le butler en désignant une sorte de torpille nickelée qui fuma
quand il l’ouvrit, parfaitement glacée. Puis il déposa devant eux un plat qu’il
découvrit, une vapeur s’éleva en champignon atomique d’arômes contrastés.
— C’est la même odeur que dans les trucs apéritifs, Etlefrrrlow, qu’est-ce que c’est ?
—Aethelfrith, Votre Grâce, filet de légine au foie gras.
— Je vous l’avais dit, Thomas, c’est de la légine australe, le meilleur poisson du
monde, un truc affreux qui vit dans la glace.
— Jamais entendu parler, dans la glace ?
—Pratiquement, les Japonais en raffole, les pêcheurs le surnomment l’or blanc
tellement il est coûteux. Pas dans les moyens d’un petit professeur n’est-ce pas ?
Goûtez.
— Il est donc logique que Sir Lawrence le connaisse ?
— La connaisse, je crois que ce poisson, pourtant très laid, est féminin : une légine,
Bien sûr qu’il devait la connaître, c’est un morceau de Lord. Aethelfrith, mon petit
lapin, il n’y a donc rien à boire ?
— Château d’ Yquem 1947 Monsieur.
— Je parlais de Bibi.
— En effet, un sacré requin, le Landlord de Glaymore, c’est tout à fait dans ses
cordes. Nous sommes juste deux petits poissons, non ?
L’échange des propos se ralentit, les deux convives guidés par le butler avaient
presque constamment la bouche pleine.
— Baldred, dit enfin Thomas, ce soir, je contre-attaque, sauvagement, un toast je vous
prie. Ce foie gras est divin. Après le dîner, puisse-t-il ne jamais finir, vous
m’accompagnerez au bureau, il me faut des armes... Je... C’est du vin ça ?
— Hein ! Il est bouchonné ?
— Non, c’est simplement qu’il est...
— Divin, oui, du 47. Thomas, si vous cherchiez un sens à notre présence ici, vous
l’avez trouvé. Nous dénicherons des armes. ne vous inquiétez pas. Je suis sûr que vous
saurez faire face et que demain je vous retrouverai avec les filles sur la plus haute tour
du château, déguisé en pirogue congolaise ou en maréchal d’empire et que vous me
direz : “ Baldred, je vous jure que ce n’est pas ce que vous croyez !”. Aethelfrith, mon
petit canard, cette bouteille, il y en a d’autres ?
— Les Landlords de Glaymore sont apparentés au Lur Saluces, qui ne manquent pas
de nous faire parvenir une centaine de bouteille par an, les années qui le méritent,
bien entendu.
— Pourriez-vous aller chercher une ou deux autres bouteilles qui le méritent, et
demander à Monsieur Ba de me préparer un petit panier, genre médianoche, ma nuit
risque d’être longue.
— Oui, Votre grâce, puis-je débarrasser ?
— Allez-y, et s’il vous plaît Asheyfouette, ce soir on veut toutes les options, fromage,
dessert, café, pousse-café.
— Aethelfrith, Votre Grâce certainement. Petrus 1961 ?
— Si vous le dites...
— Thomas, nous n’en parlerons plus, mais lorsque Aethelfrith, propose du vin ou
lorsque je parle de voiture, non ? Prenez l’air recueilli, fugacement.
— L’air recueilli ? Comme ça ?
— Pas exactement. Une bouteille de Petrus d’un aussi bon millésime peut valoir plus
de 20 000 euros... voilà, maintenant vous avez l’air recueilli.
Thomas grogna en mordant dans le sandwich au foie gras. Ils allaient voir qu’il
n’allaient pas se laisser impressionner. Il avait maintenant hâte que ça commence. Il
changea de bouteille et téta l’Yquem au goulot.
Baldred s’était effondré sur le canapé du bureau, la bouteille de Drambuie sur
le coeur. Thomas l’avait bordé dans un plaid. Il était juste que le héros se retrouve
sale, leus, shlass, putain ! Seul.
Poussant sa brouette qui couinait doucement, il avait pris la direction de sa
chambre. Il suffisait de suivre le corridor éclairé en se forçant à ne pas regarder les
sombres couloirs latéraux d’où provenaient courants d’airs froids, humidité glacée,
rumeurs tristes et bruits étouffés. Il se serait d’ailleurs perdu s’il n’avait rencontré
MacMillan en chemin. Absorbé par ses pensées, il avait manqué percuté le vieil
homme occupé à changer une ampoule. Il portait une sorte de bleu de travail délavé et
une casquette de chauffeur de locomotive. Il regardait Thomas avait surprise. Le
Landlord pensa qu’il devait saluer son petit personnel qui travaillait encore malgré
l’heure tardive. Ils se firent face, MacMillan se figea en une sorte de garde-à-vous un
peu penché. Il n’osa pas lui serrer la main, et hocha la tête d’un air satisfait. Thomas
se souvint des talents colombophiles de MacMillan et tenta un compliment : il désigna
son interlocuteur d’un air approbateur puis leva ses deux mains en une imitation
maladroite d’un envol de pigeon. L’autre approuva doucement, l’air un peu inquiet.
Pour être complet, Thomas roucoula un petit coup en mimant la parade du mâle, ce
qui pétrifia tout à fait MacMillan. S’estimant assez couvert de ridicule, Thomas
décida de clore l’entretien et tendit la main en guise de bonsoir. Le réparateur la
regarda avec étonnement puis avec embarras ; il chercha un moment dans ses poches
puis laissa tomber une pièce dans sa paume. Il ramassa sa sacoche de vieux cuir, porta
deux doits à sa casquette et disparut rapidement en sifflotant un air mélancolique.
Thomas glissa la pièce froide dans sa poche et reprit son chemin. Mac
Milan semblait aussi fou que les autres habitants du château, mais au moins, il était
laid.
Thomas sursauta, des pas résonnaient dans sa chambre, il se maudit de n’avoir
pas réapprovisionné sa mitrailleuse. Il arma la winchester à canon scié de Joss Randall
et visa, le doigt sur la détente. Mais la porte ne s’ouvrit pas sur le visage incomplet de
MacForthy, un doigt léger toqua trois coups. Surpris, il tira au moment où il entendait
une voix de femme demander : “ Vous êtes seul ?” La détonation résonna comme un
tonnerre dans la salle de bain, avec en contrepoint le ftiouuuuuvvvvv de la balle,
exactement comme dans le feuilleton, ce qui était quand même une satisfaction alors
qu’il voyait avec horreur la porte s’ouvrir et un corps féminin glisser lourdement sur le
sol. “Annie !?” s’exclama-t-il en se précipitant vers sa malheureuse victime.
POUR CAUSE DE FÊTES ET DE FLEMME DE FIN D'ANNÉE : PROCHAINE PARUTION
L'ANNÉE PROCHAINE !!!!
14 décembre 2008
LANDLORD # 54

VITE, C’EST L’HEURE DE MON FEUILLETON !!
54. La batterie des hommes sans peur.
Thomas enleva le cran de sécurité de sa mitrailleuse Browning M2, un cadeau
de Churchill à son cher ami Alexander d’après la plaque. Il avait la poignée de
la porte de la salle de bain dans le viseur. A côté de lui, il avait placé à portée de
main l’authentique winchester à canon scié de Joss Randall, la crosse était signée
Steve Mac Queen. A la ceinture, il portait le colt de Buffalo Bill, et le couteau de
Géronimo.
Tout cela venait du bureau, il avait fallu demander une brouette à Aethelfrith qui
s’était exécuté sans commentaires “ Mais certainement Votre Grâce.” Avec l’aide
de Baldred, il avait chargé tout ce qui pouvait lui être utile. Armes à feu et armes
blanches, dont un superbe nodachi ayant appartenu à Kojirō Sasaki, dit Ganryū,
celui-là même qui fut vaincu le 14 avril 1612 par son vieil ennemi Musashi
Miyamoto, lequel poussa l’injure jusqu’à le battre avec une rame de sa barque,
constituaient l’essentiel de son arsenal. Il aurait bien voulu prendre la grande épée
qui trônait dans un coin du bureau, mais elle était coincée dans un morceau de
rocher et il ne parvint pas à la dégager. Cependant, Baldred avait remarqué que
les forces de la nuit pourraient se moquer éperdument de ce qui perfore, coupe,
déchiquette ou tranche. Il lui déconseilla les grenades, mais lui fit prendre le
crucifix de campagne de Boniface VIII, deux bouteilles en forme de vierge Marie
contenant de l’eau de Lourdes, une burette des saintes huiles de l’abbé Bayandieu,
une salière de sel exorcisé et une bague sertie d’un fragment de la sainte éponge
disparue de la crypte de Notre- Dame en 1794.
Dans son enthousiasme il voulut lui faire revêtir la veste trouée et sanglante de
l’uniforme de Lord Nelson. Thomas refusa mais ne put résister à l’écriteau
maladroitement gravé “ La batterie des hommes sans peur” récupéré après
le siège de Toulon par le matelot maltais Vincenz Borg, ni à l’authentique
toque que portait Davy Crockett à Alamo, recueillie sur la tête encore tiède
du héros par Incarnacion Aguilar, cantinière de l’armée du général Santa Anna.
— On se demande vraiment ce qui manque à cette collection, songea Baldred à
haute voix.
— La feuille de vigne d’Adam et... Ah non la voilà. Putain, vous croyez que
c’est une vraie ?
— A peu près autant que ce “ Crâne de Notre Seigneur Jésus-Christ à l’âge de dix ans“...
— Comment savez-vous cela ?
— C’est marqué dessus, non ? Comme le Port-Salut.
— Baldred...
Retranché dans la salle de bain, Thomas, coiffé de raton laveur, avait décidé
d’affronter ses ennemis réels ou surnaturels. Il avait chargé Aethelfrith de prévenir
tout le monde que sa chambre était close pour cause d’exorcisme massif et que le
premier qui passerait la porte, mortel ou esprit, serait plombé tout net.
Monsieur Ba, lui avait préparé deux paniers de victuailles, il pouvait soutenir
un siège. Pour des raisons stratégiques, il avait choisi de se barricader dans la
salle de bain plutôt que dans la chambre. La pièce d’eau offrait divers avantages :
de l’eau, des toilettes, une seule porte, et une seule fenêtre sans balcon qui donnait
sur un mur absolument lisse.
Il transporta draps, oreillers et couvertures dans la baignoire, suspendit
l'orgueilleuse pancarte du jeune Napoléon à la douche, installa son arsenal et
attendit, le doigt sur la gâchette. Et pour le moment, il ne se passait rien.
Son courage commençait à l’effrayer. Ses pensées remontèrent le temps.
La voix de la piscine lui semblait déjà un événement lointain. Depuis qu’il était
Landlord, sa perception du temps avait changé.
Avant sa semaine filait de telle manière qu’il lui semblait que la veille du vendredi
était le lundi. Maintenant sa journée était la traversée palpitante d’un arc-en-ciel
d’émotions. Il prit mentalement note de la phrase qu’il venait d’inventer, il faudrait,
s’il survivait à cette nuit, qu’il tienne un journal de ses aventures.
En route vers le grand salon, Baldred avait répondu à sa manière à la question
sur Maître Soumiani.
“ L’avocat parisien ? Une marionnette, un de ces fantoches dont s’entoure
facilement Bibi, même pas sûr qu’il soit vraiment avocat. Un bureau dans le quartier
adéquat, parquet, mobilier design, une jolie secrétaire, non ?
— Une horloge sur une cheminée en marbre.
— Oui, un beau costume et voilà un avocat. Pourquoi, Un problème avec Soumiani ?
— Il a prétendu être venu une fois à Glaymore.
— C’est possible, et ?
— Et rien, on m’a menti inutilement, On souhaite donc me cacher quelque chose.
— On... Soumiani ?
— Plutôt Bibi, comment avez-vous été recruté ?
— Très simplement. Je lui donnai sa leçon de français dans son bureau.
— Et comment êtes vous devenu son professeur ?
— Démêler l’écheveau du destin, l’exercice est amusant mais souvent inutile, n’est-ce
pas ? Nous avons été présenté par une relation commune.
— Quel genre de relation commune ? Il faudra repasser par cette galerie, c’est
magnifique.
— Oui, j’ai peur que ce tableau du Greco soit authentique. Une relation commune
rousse.
— Ne soyez pas si sexiste, Baldred, Un homme de votre classe ne dit pas une
“blonde” ou une “rousse” sauf s’il parle d’une bière.
— Ou d’une renarde. Avez-vous remarqué la pureté de cette voûte ?
— Une renarde ?
— Bibi et moi participions à une chasse au renard.
— Vous chassez le renard, vous, sur un cheval avec une veste rouge comme celle de
Lashléprout ?
— Aethelfrith, Votre Grâce, je chasse plutôt les chasseurs, à pied, avec des jeunes gens
qui s’opposent à cet exercice écoeurant. Nous nous interposons. La défense de nos
amis les animaux attire beaucoup de splendides jeunes filles, blondes, rousses et
brunes. Une promenade à la campagne, une cause généreuse, un ennemi ridicule,
une montée d'adrénaline, une charge de cavalerie, la police, avec un peu de chance le
panier à salade. Je rentre rarement bredouille.
— C’est encore loin ce grand salon ? Je commence à avoir faim. Je ne vois pas très
bien comment vous avez pu passer de guerrier écologique à professeur particulier de
Bibi.
— Encore cinq bonnes minutes. La magie de la langue, n’est-ce-pas ? La renarde
s’était réfugié dans une haie dont nous interdisions l’accès. En général l’homme
trouve la force de se battre dans l’insulte. Nous étions donc en train de nous invectiver
avec véhémence quand j’entendis résonner quelques beaux gros mots de votre belle
langue. Les chasseurs avaient un invité français. Mes souvenirs de Rabelais, de La
guerre des boutons et des barricades du Boul’Mich’ me sont instantanément remontés à
la mémoire, et j’ai un peu brodé de ces joliesses que nous autres peuples de la
Méditerranée savons déployer autour du thème éternel de la mère de son ennemi. Le
français est devenu aussi rouge que sa veste. La renarde en avait profité pour filer, tout
le monde s’est un peu bousculé, un cavalier s’est approché de moi, c’était Bibi. il m’a
tendu sa carte. Il pouvait utiliser mes talents.
— Vous lui donniez un cours d’insultes ? Et il vous a proposé de devenir mon
secrétaire ?
— Le terme exact était “français vivant”. Ne sous-estimez pas Bibi. Nous étions donc
en leçon quand le téléphone a sonné. Il a décroché, a écouté un instant et a fait
“Ah...”
— Aaah ?
— Non, plutôt : “Ah !“, puis a dit : “ Il lui en faut un.” Son regard s’est posé sur moi,
sans vraiment me voir, puis il m’a regardé dans les yeux, a souri et a dit : “ Je crois que
j’ai ce qu’il nous faut, continuez comme prévu”. Il a raccroché et m’a demandé si je
voulais devenir le secrétaire particulier d’un homme important. J’ai demandé :
”combien ?” Cinq minutes plus tard, j’étais embauché. Mais...
—Mais... ?
— Thomas, pour être franc, je n’ai pas aimé la manière dont il a dit : “ Je crois que
j’ai ce qu’il nous faut “ en parlant de moi.
— Pourquoi avoir accepté alors ?
— Thomas, pour être franc, j’ai adoré le montant de la somme qu’il m’a proposé...”.
C’est alors qu’ils avaient atteint le grand salon. Il était immense, de la
dimension d’un hall de gare, plutôt d’une cathédrale, ce qu’il avait été aux temps
médiévaux, d’après Baldred. Ils s’assirent au haut-bout de la gigantesque table, dos à
la grande cheminée où crépitait un feu. Aethelfrith disposa devant eux sur un plateau
tournant une multitude de petites coupelles en argent fermées d’un couvercle et
annonça une entrée sur le thème des oeufs, suggérant un Bâtard-Montrachet Grand
Cru Bachelet-Ramonet 1989.
A travers le viseur, il vit la poignée de la porte frémir, son index se crispa sur la
gâchette, il ferma les yeux, assourdi et aveuglé, cramponné à l’engin hystérique qui
crachait dans un bruit d’enfer en arrosant un secteur sans doute trop vaste. Toute la
bande y passa. Il découvrit la porte à peu près intacte. Le mur en revanche était grêlé
d’impacts dont il pouvait suivre la progression. Il nota que l’arme avait tendance à
déporter vers la droite,
vers le lavabo, vers
l’étagère, vers le flacon
de Ri**tril. Pulvérisé.
— Putain...

12 décembre 2008
THE FRENCH RIVIERA # 2
Le "grand tout en un " vaque à ses nouvelles occupations de bâtisseur c'est à dire
construire une station de sport d'hiver qui s'appellera Isola 2000 , à un jet de pierre
de Nice , un génial endroit où les gens pourront habiter et faire leurs courses sans sortir
dehors dans la neige et le froid , un peu une suite de " La maison du grand fada " qu'il
avait réalisé avec Lecorbusier en tant que chef d'atelier .
Vu par mes yeux quand je le visite , un régal de maquette de montagne avec des courbes
de niveaux toute fine en polyesteren , un truc tout blanc qui crisse et qui ressemble
à du pop corn !!!
C'était son grand truc ça :les courbes de niveaux et même qu'il fallait que toutes
constructions soit organisées par rapport à ces fameuses courbes et ça prend un temps fou ,
je s'embête alors je lui fais des colliers de trombone qu'il regarde avec un air absent
lorsqu'il lève les yeux de ses plans ............
Pour ma part chaque jour est une nouvelle découverte ;
Dans mon école de soeurs catholiques , je suis extrèment
intrigué par un rituel hebdomadaire qui consiste à aller
chanter dans une église et ensuite tout le monde fait la queue
pour aller chercher un Alka- seltzer mais moi , j'ai pas le droit ?
Une fois de plus , chacun ses références .Chez nous , il y a l'heure du cocktail ,
une habitude prise dans les pays chaud ,vous voyez un ventilateur à pale
des femmes en robes du soir et des hommes sirotant leurs ouiski dans une
ambiance moite .
l'apéro quoi !!! et après un petit alka seltzer pour faire passer le tout !!!
Non pas touché par la grâce mais par un fou rire général : ben quoi ?
Ce genre d'interprétation bizarre du à une multi culture m'arrivera souvent
et je vous prie de croire que le ridicule ne tue pas !!!
je le saurai ............
06 décembre 2008
LANDLORD # 53

Aujourd'hui un épisode un peu spécial ...
LES MALÉDICTIONS DE GLAYMORE 
LE TEMPS DES FÉES
PREMIÈRE PARTIE
L’un des lieux les plus touchants, le plus ancien de Glaymore sans doute,
le plus secret sûrement, est
la porte des fée
Lorsque je débarquai sur l’île, jeune homme baigné des Lumières
du continent, pour occuper mes trop vastes loisirs, j’entrepris une
étude du folklore local et cherchai des informations auprès des bergers et
des vieilles femmes, dépositaires traditionnels des superstitions les plus
saugrenues. Or, ils prenaient à mes questions un air stupidement hébété
et finissaient seulement par reconnaître que de telles légendes circulaient
bien sur les autres îles, mais qu’à Glaymore on était bon chrétien et que je
ferais mieux de m’occuper de mes affaires.
Bien entendu, je n’étais pas dupe. J’aurais pu être trompé par quelques
broutilles ensorcelées ou quelque farfadet local. Mais leur absence totale
était absurde et éveilla ma curiosité. Au contraire de ce qu’ils tentaient
maladroitement de me faire croire, une fine observation de mes ouailles me
conduisit à penser que sur cette terre très ancienne pouvait survivre
les croyances des premiers âges. Je fus assez vite récompensé. Chaque
habitant de l’île, sous un léger vernis chrétien était confits dans les
superstitions les plus viles. Pas un de leurs gestes qui ne se trouve
gauchi par un rituel secret destiné à se concilier les faveurs des
Bons Voisins,du petit peuple, vocables affables sous lesquels ils
cachaient la terreur la plus abjecte qu’ils éprouvaient pour ces créatures.
Pas de doute, j’avais débarqué en terre de sorcellerie. Je ne pouvais encore
imaginer, aveuglé moi-même par mes propres certitudes, à quel point
j’étais loin du compte. Glaymore semble une terre sans mystère, et ses
habitants des hommes sans duplicité. Quel meilleur masque que la
transparence ?
Les fées...
Des récits de ma mère, je gardais de fraîches images nimbées de rose et
de bleu, de fleurs et de cheveux dénoués, d’une pleine lune gaie et
complice. Las, cette image lointaine n’allait pas tarder à sombrer.
Un soir de début d’été, je fus appelé au chevet de la vieille MacMish. Je dînai
alors à Glaymore Hall et le Landlord eut la bonté de me prêter un cheval. Les
MacMish tenaient alors une sorte de pêcherie non loin du château et je décidai
de passer par le chemin des falaises, plus dangereux mais plus rapide car je savais
la pauvre Margaret à l’agonie. C’était une de ces nuits chaudes, chargées de
fluides électriques et d’odeurs marines que les mouvements profonds de la mer
nous amène à l’équinoxe. Une pleine lune blafarde perçait parfois les nuages bas,
et derrière moi la masse rassurante du château semblait se fondre dans la falaise.
Au détour d’un promontoire, mon cheval renâcla puis refusa d’avancer, levant
les yeux, je découvris une scène fantastique :
Semblant sortie de la mer tiède, les corps blancs et nus s’alanguissaient
les uns contre les autres en un cercle lent et ondulant. Je distinguai très
nettement là un bras levé, là, un torse cambré, là les blanches rondeurs qui
sont le propre du corps féminin. Il y avait dans cet anneau de chair pâle
et ferme, beaucoup plus de jeunes femmes dans leur plénitude que
sur l’ensemble des Hébrides. Je restai figé sur mon cheval, tendu comme
s’il allait sauter dans le gouffre qui nous séparait des fées. Car j’en étais
persuadé, c’était le légendaire cercle des fées qui se lovait sous mes yeux.
Je sentais une sueur glacée me couler dans le dos, Quelle serait ma
punition pour avoir ainsi profané leur rite ? J’aurais pu mourir là, j’en
ai l’absolue certitude, si mon devoir de pasteur n’avait pas été plus fort
et m’avait conduit, malgré moi à tourner la bride et à piquer des deux
vers la vieille MacMish qui, avec la détermination farouche des gens de
sa race, m’attendait pour mourir.
Il ne m’a plus jamais été donné de revoir pareil spectacle.
Heureusement, les fées vivent dans plusieurs dimensions, et, si l’on
connaît les bonnes portes, il est toujours possible de les rejoindre.
Hélas les portes du rêve rouillent facilement...
Pourtant à Glaymore, il existe ce qui ne me fut révélé que bien plus tard,
lorsque j’eus dévoilé tant de secrets que les habitants de l’île, lassés,
considérèrent qu’il valait mieux mieux me les confier, tous. Ils me
conduisirent, non loin de l’endroit où cette fameuse nuit j’avais surpris
leurs mystères,
à La Porte des Fées :
Cette grotte, je l’ai maintes fois explorée, elle est tapissée du sable le lin,
les enfants s’amusent à le lisser et à revenir le lendemain pourdécouvrir de
minuscules empreintes. Elle est reliée au réseau de catacombes et souterrains
de Glaymore Hall dont nous parlerons dans un prochain chapitre. Il m’est
souvent arrivé de m’y étendre et d’attendre que le sommeil fasse apparaître mes
amies. Je fus en ce lieu plus heureux dans mes recherches que Conan
Doyle victime de la malheureuse affaire des fées de Cottingley (.....)
Conan Doyle m’avait ouvert la voie, si ce génie y croyait, pourquoi pas moi ?
Au printemps 1963, le petit John McDonald vint me chercher, à la fois excité
et effrayé ; il était arrivé quelque chose à la Porte des fées. Je m’y rendis aussitôt,
les enfants qui attendaient nous assurèrent n’avoir touché à rien. J’allumai ma
puissante lampe-torche. Les traces de John était clairement visibles dans le sable
que les enfants avaient soigneusement lissé. Tandis que je pénetrai dans la grotte
en mettant mes pas dans les siens, il me raconta comment, arrivé le premier, il avait
vu quelque chose briller à la lueur de sa lampe, et était entré sans attendre ses amis.
Découvrant le spectacle que j’avais à présent sous les yeux, il avait pris peur, avait
interdit à ceux qui arrivaient d’entrer, et avait couru me chercher.
Les pas de John n’allaient pas très loin, un objet brillait sur le sable. J’avançai doucement
Le sol avait été remué, on voyait distinctement l’empreinte d’un corps,
et, à moitié enfoui, un étrange bracelet. Aucune trace de pas n’y menait.
Les spécialistes consultés ne se mirent jamais d’accord sur l’origine de ce bijou en
argent, ni sur son style qui ne le rattache à rien de connu. Après avoir été examiné à
Londres, il est maintenant conservé à Glaymore Hall. Je pus cependant l’avoir
suffisamment entre les mains pour aller voir Elsbeth Burke.
Si quelqu’un sur l’île pouvait savoir quelque chose, c’était elle, la Dame de
Mara Manor, descendante d’une famille redoutée liée à la prophéti e des
MacForthy. C’était à l’époque une femme sans âge, à la chevelure encore
très noire et au regard vert et insondable trop difficile à soutenir. Je posai
le bracelet sur le guéridon à côté d’elle sans rien dire.
“Axel, me dit-elle sans préambule, on trouve à Glaymore trois fées principales
accompagnées d’une myriade d’esprits secondaires dont l’immortel Barrie a
fait le portrait à travers le personnage de Clochette. Ce bracelet appartient à la
première, Milania, c’est la plus ancienne, arrivée sur l’île avant les hommes,
elle les as guidés sur ses rivages. Née de la mer, elle est farouche et guerrière,
toujours armée, elle donna aux héros scots la longue épée qui fit leur gloire :
la fameuse Claymore, forgée par les nains des cavernes souterraines du Ben Nevis.
elle vola également des bijoux dont elle aime se parer et qui constituent à peu près ses seuls
vêtements. Elle réunit les quatre éléments, ce qui est rare et la rend particulièrement puissante.
Elle est la protectrice de Glaymore et il ne serait pas bon que ce bracelet quittât l’île.
La seconde se nomme Zhénirée, on pense qu’elle a suivi les drakkars vikings,
à moins qu’elle ne les ait guidés. Elle a fait alliance avec Milania en lui livrant
le mot secret qui permet d’entrer dans les cavernes du Ben Navis. C’est une fée d’air
et de feu. Inconstante et frivole, elle s’absente souvent lorsque vient son tour
de prendre l’île sous sa protection. C’est alors que Glaymore a connu ses pires
moments. Trois fois la population entière a été massacrée par sa faute. Elle reste
cependant très populaire auprès des roux, des femmes amoureuses et des bergers
dont elle protège les moutons. Zhénirée est une fée-fleur sans grand discernement
mais dont les émotions sont puissantes. Adieu, Tu en sais assez, Axel, toi et ton
église êtes encore trop jeunes pour en savoir davantage, rentre avant la nuit.
— Et la troisième ? Osai-je demander sans quitter mon siège mais sans
oser non plus la regarder.
— La troisième, Axel, commande aux êtres de la colère et de la nuit, es tu
sûr de vouloir connaître son nom ?

LA SUITE AU PROCHAIN ÉPISODE .............



